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	<title>Archives des Non classé - Frédéric P. Lemonnier</title>
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		<title>Essai psychanalytique 2 : Vide et manque</title>
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		<dc:creator><![CDATA[fredericlemonnier1973]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 20 Sep 2023 09:45:13 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Vide et manque dans les états dépressifs et mélancoliques. INTRODUCTION :  Si le manque est gravé du sceau du désir, de la pulsion, de la libido, de&#8230;</p>
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<h2 class="wp-block-heading"><strong><u>Vide et manque dans les états dépressifs et mélancoliques.</u></strong></h2>







<p><strong><u>INTRODUCTION :  </u></strong>Si le manque est gravé du sceau du désir, de la pulsion, de la libido, de l’énergie pulsionnelle, le vide semble se caractériser au contraire par son absence de désir. Le sujet normal désire, est en recherche d’objet interne ou externe, pour se combler et obtenir satisfaction : le sujet psychique dans la satisfaction peut ainsi retrouver son homéostasie. Pourtant lorsque ce même sujet manifeste d’un vide, « je me sens vide », soit il est mû par son affect de manque, soit il fait le constat clinique d’un état de vacuité ; comment peut-on se sentir vide, si ce n’est par l’effet de manque ? Quelque chose manque, et il se sent vide. Il est à la fois <em>en manque</em> et manifeste d’un trou à combler. Est-il pour autant vide de pensées, vide d’objets, ou éternellement insatisfait ? Les concepts intriqués de manque et de vide font généralement résonnance aux troubles dépressifs et mélancoliques. Toutefois, ces deux notions permettent-elles de distinguer ces deux états ? Comment se manifestent le vide et le manque dans les états dépressifs et mélancoliques ? Peut-on à partir de ces deux notions élaborer une distinction entre le dépressif et le mélancolique ? La clinique des formes dépressives et mélancoliques est riche et étendue : il est difficile d’y adhérer une structure spécifique type narcissique ou objectale. La mélancolie peut parfois aller jusqu’à la psychose mélancolique, le borderline peut avoir des accès dépressifs, la perversion, des consonances mélancoliques et inversement…Comment dans les thérapies analytiques et dans la psychanalyse, réinvestir le vide, et combler la perte d’un objet perdu, donc son manque ?               </p>



<p> </p>



<p><strong><u>1 Manifestations : manque et vide à la fois</u></strong>  La psychanalyse relate une gnose conséquente sur le manque et le vide : autant la perte de l’objet aimé est consubstantielle d’un manque, autant l’affect d’un manque manifeste d’un vide béant à combler, qui ne peut nonobstant se satisfaire d’un seul objet déterminé, ou d’un ersatz.Le patient vient souvent en cure pour faire le deuil d’un paradis perdu, d’un moi idéal, nostalgie d’un objet maternel fusionnel, d’une enfance mythique, d’une mère suffisamment bonne, ou insuffisamment. Cette perte se manifeste en cure sous parfois l’énergie du désespoir : il tente à tout prix d’emplir le vide par une tachypsychie déroutante, ou au contraire un silence pesant, une bradypsychie besogneuse. La dépression manifeste d’une atteinte soit objectale soit narcissique où l’on retrouve bien évidemment la problématique d’une perte donc d’un manque.  L’articulation Deuil &amp; Mélancolie permet ainsi selon Freud dans son Essai éponyme, de mettre en relation la perte de l’objet et son manque. Il écrit cet ouvrage en 1915 certainement pour sublimer le deuil subjectif de ses deux fils partis au front.  Dans une lettre à Ferenczy, il décrit de manière concise les caractéristiques de la mélancolie : il l’assimile au deuil, c’est-à-dire à la perte de l’objet libidinal. Le travail de deuil consiste à retirer la libido de l’objet aimé perdu. Le moi est donc contraint de s’installer dans une « psychose hallucinatoire du désir » où l’objet est gardé dans le moi-imaginaire, reniant ainsi par là toute réalité de la perte. La mélancolie montre ensuite « un extraordinaire appauvrissement du moi et une perception accrue de celui-ci ». Le degré d’autocritique est intense et le moi dévalorisé. Il devient impossible au sujet de se réinvestir dans d’autres objets. Freud utilise d’ailleurs une expression très à propos : le moi mélancolique est le « tableau de délires de petitesse ».La mélancolie a donc en partie les aspects d’un deuil pathologique : c’est bien sûr la « réaction à la perte d’un être aimé », ou son « abstraction qui lui est substituée ». L’inhibition, la limitation du moi sont la marque du deuil comme de la mélancolie. Cependant, pour cette dernière, c’est une perte ignorée, dérobée à la conscience. Et si l’endeuillé aperçoit le monde vide car en manque de l’objet aimé, le mélancolique trouve son moi vidé de sa substance. Nous apercevons grâce à cette première distinction Deuil et mélancolie, une différence notable entre le manque et le vide. La perte de l’endeuillé se traduit dans un manque au monde, aux objets : le monde est vide car « un seul être lui manque et tout est dépeuplé » pour reprendre un vers de Lamartine (L’isolement), tandis que dans la mélancolie, c’est le moi qui se vide et semble manquer de quelque chose qu’il ignore.Mais pourquoi se vide-t-il ?  Au sujet de la mélancolie, j’illustre mon propos par l’histoire de Mme V.W. Cette dernière décrit une enfance choyée par un père protecteur et une mère rempli par ses devoirs maternels, dont elle a découvert par hasard l’alcoolisme à l’âge de 8 ans : c’était d’ailleurs un secret entre elles. Elle est intelligente, a fait des études scientifiques, elle a un métier qu’elle vit avec en apparence beaucoup de plaisir et dont elle me rapporte le menu détail comme d’ailleurs le moindre instant de sa vie. L’étagère qui penche est un événement, le chat qui fait la sieste toute l’après-midi revêt pour elle un incroyable intérêt. Certains autres jours, elle exprime une tristesse profonde : des crises de larmes toute une matinée, parfois toute une journée sans vraiment savoir pourquoi… lorsque j’essaie de comprendre sa détresse, elle est évasive d’abord, puis désireuse d’entrer dans le détail, elle déverse une longue litanie de plaintes : qu’elle se sent vide, qu’elle ne comprend pas pourquoi, qu’elle voit bien qu’elle est seule, qu’il lui manque quelqu’un puis quelque chose, mais elle ne sait quoi exactement.Pourtant quotidiennement, ses parents prennent de ses nouvelles, souvent en Visio, parfois par SMS. Elle part chaque matin se promener dans le centre commercial pour contrer sa mélancolie. Elle a en outre ce travail d’éducatrice qui l’accapare. Elle semble avoir une sociabilité riche et productive.Dans toutes ses activités, elle trouve vie et aime y être mise en valeur. Néanmoins, lorsqu’elle se retrouve, « seule, face à elle-même », elle se sent comme une « coquille vide » sans importance, sans aucune valeur, n’éprouvant aucun plaisir : elle ne contemple pas la nature, l’épanouissement d’une fleur sur le balcon de la voisine (d’ailleurs, elle n’aime pas les fleurs déclare-t-elle), le soleil par la fenêtre non-plus, rien n’est beau et particulièrement dans sa vie, rien n’a de charme ni de passion. Elle ne s’émerveille pas !Il est évident que sa dépression est proprement narcissique car l’attachement aux choses, aux êtres n’est finalement pas ou peu investi par son moi : son intérêt pour l’autre dans l’activité n’est que façade, ou mise en valeur d’elle-même. Sa volubilité soudaine dans la description détaillée de sa journée semble obérer l’apparition d’idées noires qui surgissent parfois à d’autres moments. Ce sentiment de vide, cette douleur psychique, cette profonde tristesse sont les caractéristiques symptomatiques de la dépression, avec bien sûr la perte d’estime de soi. Mais, l’impression de « coquille vide » ne semble plus être mue par un désir d’objet, ou un désir du monde. Le manque s’est estompé derrière la crainte d’un vide, qu’on peut ainsi stigmatiser par « j’ai envie d’aller mieux, car sinon, je m’effondre, je disparais », ou « je préfère être oiseuse et m’endormir que de craquer ». Pourquoi cependant ce vide reste sans origine ? Dans le cas de Mme V.W., rien de sa vie ne semble justifier une telle détresse. Quelque chose manque. Il y a un vide, mais ce n’est en rien une grande question existentielle ! Ce n’est pas non plus ce manque-à-être lacanien, métonymie du désir. Le désir d’être est presque totalement oblitéré ! Mélanie Klein semble déchiffrer l’aporie : dans sa fièvre à tout traduire par les seules postures et positions de l’objet interne dans les stades schizo-paranoïdes et dépressifs, elle résout la problématique du mélancolique par l’introjection puis l’incorporation du mauvais objet.Tandis que le paranoïaque est marqué par la projection et le rejet de l’objet décevant, le mélancolique introjecte ce même objet : il dévore « les fèces ». Car il ne peut résister à ses pulsions agressives et destructrices. Du coup, il ressent de manière intense la culpabilité surgissant de son Surmoi car il a introduit la personne vivante dans son corps. Le mélancolique ne lutte plus devant cette culpabilité, il est coupable ! Sa haine de l’objet l’emporte sur la réussite du deuil. Le moi reste rivé sur cet objet maternel destructeur, car meurtri, dévoré, liquéfié, et il ne peut accéder à l’étape suivante de réinvestissement libidinal dans les objets latéraux, les bons objets. Car en introjectant l’objet haï, le moi devient à son tour haïssable pour ainsi paraphraser Freud.Le mélancolique peut donc aller jusqu’à la forclusion (du réel). Le monde n’existe plus, seul sa détresse perpétuelle fait rage dans son combat avec l’objet haï.Pour Mélanie Klein, il faut donc réintroduire les bons parents intérieurs pour réduire la haine et sortir de la dépression mélancolique. Rien ne semble manquer mais il y a comme une défaillance interne, une brèche qui est resté saignante car quelque chose ne s’est pas passé correctement. Les dépressifs vivent dans l’angoisse permanente de tomber dans le vide. Mme V.W. s’affaire dans ses rendez-vous avec son médecin, son psychiatre, sa psychologue, son psychanalyste pour combler une faille, qui demeure béante le week-end quand elle n’a justement plus rien à faire.                          </p>







<p><strong><u>2. Le vide comme faille de l’organisation du Moi.</u></strong> Une angoisse décisive surgit violemment lorsque sa psychologue tenta d’explorer plus en avant « ses moi ». Elle décrit ainsi au cours de plusieurs dialogues, une Mme V.W, la bonne, la sociable, la tendre, l’amicale, la serviable, par ailleurs un Idéal du Moi très élevé par rapport à sa condition de femme seule, un Surmoi surpuissant dévastateur qui dévalorise son autre Moi fade, sans valeur, sans existence… Il faut ajouter pour compléter le tableau mélancolique, qu’elle a des accès de rage phénoménale où selon ses propres termes, elle « se fracasse la tête » à la fois pour exister » et aussi pour éteindre son cruel Surmoi.Dès 1920, Freud remarque cette force de dé-liaison, cette vidange d’énergie, antagonisme de la libido. Chez le mélancolique, la composante destructrice dans le Moi se retranche dans le Surmoi : pure culture de la pulsion de Mort. Dans les troubles dépressifs déclinés, le DSM 5 enregistre les symptômes suivants : une faible estime de soi, une perte d’appétit, (ou une hyperphagie), des insomnies (ou hypersomnie), des difficultés à prendre des décisions, des sentiments de désespoir. Le sujet semble donc vidé de toute énergie et sa libido, recroquevillée. Mais l’attachement aux choses et aux gens subsistent. Une connexion peut se rétablir avec le monde en mettant en exergue le manque au monde, aux amis, aux parents : la relation à l’objet peut se réparer plus aisément, malgré le ralentissement moteur et idéique. Chez le dépressif aux caractéristiques mélancoliques, la dépression est « marquée le matin » et sa culpabilité selon ce même DSM est « inappropriée et excessive ». Le vide prend une autre consonnance : cette culpabilité cruelle semble aspirer tout l’être du sujet et ouvrir une brèche énorme dans l’estime de soi. Les pôles du sujet psychique sont écartelés entre le Surmoi Cruel, le moi tout rabougri, l’Idéal du Moi lui-même idéalisé. Le ça peut alors s’engouffrer dans des pulsions monstrueuses de destruction :  Mme V.W. se fracasse la tête pour retrouver son existence ! Le langage, véhicule du symbolique n’a plus aucune force de liaison. D’ailleurs, Mme V.W. est scientifique, elle dit ne rien comprendre à la métaphore, la poésie, la littérature : elle laisse cela à son père, grand lecteur. Dans ses accès dépressifs, on peut parfois, mais très rarement, ressentir un désir d’être une autre, de s’en sortir, de guérir. Mais dans sa description quasi clinique, de ces états mélancoliques où son Surmoi vengeur est omnipotent, le vide est sidéral, indescriptible, incompréhensible, déconcertant, voire interpellant : pour paraphraser Winnicott dans son article la crainte de l’effondrement, le vide semble représenter une absence, ce « rien qui ne s’est pas produit là où quelque chose aurait dû être bénéfique ». En effet, dans tous ses monologues, j’ai toujours cette étrange impression que quelque chose se cache et manque à être dit. Certainement j’ai cette fâcheuse tendance du thérapeute à aller à la quête du Graal dont le nectar christique résorberait d’un seul coup cette pathologie invasive. Mais même derrière le souvenir-écran de la découverte de sa mère alcoolique, à travers ses nombreuses histoires, j’ai toujours ce sentiment que la mère semblait ou semble insuffisamment contenante. Comme dirait Fédida, « quelque chose n’a pas eu lieu ». Winnicott d’ailleurs dans sa théorie du Faux-self pointe l’importance du regard de la mère : plus loin que l’image globale unifiée du miroir, prélude à l’activité de représentation et de symbolisation explicitée par Lacan, le regard de la mère permet la reconnaissance de soi et l’estime de soi.Lorsque ce regard est vide, l’enfant ne peut s’y lire : le moi se morcèle et se crée alors un faux-self. Selon Green, le détournement du regard de la mère suscite une perte traumatique d’ordre narcissique : la perte de sens est liée à l’impossibilité de comprendre le désinvestissement de la mère.L’angoisse primitive disséquante (Winnicott) peut poindre à travers la crainte de l’effondrement, la perte de l’unité du Self. Mme V.W. me raconte que parfois, elle préfère dormir, ou visionner une série pour éviter de trop penser : elle craint que sa rage refasse surface ou qu’elle « se défonce » à nouveau le crâne. Mme V.W. finalement soigne sa mélancolie par la dépression ! Green découvre un narcissisme négatif qui recouvre des pulsions de mort, un abaissement de la libido qui aspire à la mort psychique. Au-delà du morcellement, il y a le repos, un narcissisme primaire absolu.Au cœur de la structure narcissique, le négatif se forme dans l’hallucination négative de l’objet maternel primaire, la mère absente, morte. Se constitue alors l’enveloppe psychique vidée qui vient d’une part renforcer le pare-excitation, d’autre part fournir une structure vide à l’intérieur de laquelle la vie psychique du sujet éclora. Succède normalement l’identification.Selon le bon mot de Green : « le narcissisme est l’effacement de la trace de l’Autre dans le désir de l’Un. »Ce travail du négatif a donc théoriquement des fonctions positives !Mais cette enveloppe doit ensuite être recousue par des investissements de représentations. Sans suture, c’est la psychose blanche : le moi se fait disparaitre devant l’intrusion du « trop plein », d’un bruit qu’il faut réduire au silence.Le moi est alors accaparé par le deuil halluciné d’une mère absente à l’enfant. Face à ce désastre, c’est la perte de sens, la dépression :  l’enfant s’identifie à la mère morte. L’unité du moi est désormais troué ! Dans la dépression, la culpabilité reste silencieuse. Mais dans la mélancolie, le sentiment d’indignité, le sentiment de dévalorisation sont comme des déflagrations dans la psyché. Mme V.W. ne cesse de vouloir réparer par des offrandes à ses parents : un jour c’est un bain pour les pieds du père, un autre, ce sont des fleurs pour la mère. Mais lorsqu’elle les invite chez elle, ou au restaurant, ou à un café, les dimanches, ou qu’elle parvient à voyager jusque chez eux, elle ne parle, rapporte-t-elle, que de son travail, de sa machine-à-laver qui fait trop de bruit, de son chat qui dort plus que de raison. Son discours devient comme un bruit de fond sans importance comme du reste ce qu’elle considère de sa vie, d’elle-même. Une dévalorisation sans fin. Plus rien n’a de <em>substantifique moelle</em>, de vibrations. </p>







<p><strong><u>3. Vide par l’asymbolie et par l’inhibition : comment réinvestir le vide ?</u></strong>  Dans cette parcimonie du détail, se révèle le cannibalisme mélancolique. Pour mieux le posséder vivant, Mme V.W. le morcelle, le mâche, le rumine après l’avoir dévoré. L’objet n’a ainsi plus de consistance : le moi se vide de sa substance. Ne restent que les déjections, les cadavres, les déchets d’une mère inconsistante, de la perception d’un regard vitreux, sans fond qui ne l’a pas nourrie, ou d’une mère qu’elle a jugée trop tôt coupable d’absences, coupable d’alcoolisme, coupable de médiocrité… tout ceci reste pour l’instant à l’état de suppositions car la parole se délite sans cesse du signifiant pour revenir à une logorrhée inconsistante.Lorsqu’elle me raconte ses déjeuners qu’elle cuisine chez elle, je ne peux m’empêcher de faire intérieurement le parallèle avec cette même logorrhée : inconsistant, fade, sans goût ! à quelques exceptions près lorsque sa mère lui offre des haricots du jardin : elle s’est régalée ! Nous ne parlons pas ici d’un vide empli d’une énergie pulsionnelle, d’un désir de vivre, d’un élan comme une lame de fond, mais plutôt d’un vide sans fond, boursoufflé de haine, et d’agressivité. La haine s’est déplacée certainement de l’objet maternel introjeté sur le moi écrasé par un Surmoi cruel, l’agressivité, sur le menu détail de sa propre vie. Cette agressivité ressemble fort à la manie du bipolaire, ou du maniaco-dépressif : affamée d’objets, dévoreuse de vie. Mais elle n’est en aucun cas projetée. C’est une introjection, puis une incorporation permanente sans passage réel par le rapport à l’autre.  La dépression mélancolique est marquée tantôt par l’asymbolie tantôt par l’inhibition.Il y a comme une tranchée profonde entre le réel et l’imaginaire, ici, le réel halluciné car la fonction symbolique ou de symbolisation ne s’enclenche plus.  Tout l’effort consiste à réinvestir cette « coquille vide ». C’est un travail de longue haleine car cela se fait sur plusieurs niveaux. Il y a nécessité de faire resurgir le manque non plus d’un objet perdu non identifiable car devenu inconsistant par la meurtrissure de la rumination, que Julia Kristeva nomme « la chose », mais d’une symbolique du vide. Il faut reconnaitre à la création littéraire cette puissance esthétique. Produire à partir de l’inanité, de la vacuité, de la perte de sens, du désespoir, de la détresse, du monstrueux, de la vomissure, la beauté, l’œuvre littéraire : une amorce au symbole. « je ne suis rienJe ne serai jamais rienJe ne saurai vouloir être rienA part ça, je porte en moi tous les rêves du monde … »C’est ainsi que commence le long poème Bureau de tabac de Fernando Pessoa, puis c’est une longue suite de métaphores sur la ville, ses gens, le réel monolithique…La métaphore permet ainsi de <em>transporter</em> : elle permet à la fois le déplacement de cette tristesse et la contenance du symbole.Cette solution sublimatoire devra être prise en compte dans la psychanalyse. Dans ce désir de bienveillance et de douceur, vantée par Anne Defourmantelle, je lui ai offert un petit carnet pour ces premières ébauches stylistiques où elle devra inscrire ces petits plaisirs de la vie. Je lui ai demandé d’en écrire au moins un chaque jour, de l’élaborer le plus finement, le plus délicatement, le matin particulièrement car je sais que c’est à l’aurore que surgit « l’ombre » de la Chose sur son moi. J’ai finalement établi un plan de bataille stratégique car je sais la pathologie récalcitrante et le vide phénoménal. Je ne suis pas partisan pour le cas, d’une psychanalyse froide et silencieuse, avec une fonction phallique trop marquée, car plus je m’enfonce dans l’océan psychanalytique, plus j’entends l’importance de cette écoute singulière, plus je comprends que l’accueil de la parole en souffrance doit être doux et grave, plus je sais que je suis la possibilité du sujet, et qu’il peut ainsi se décentrer de son moi agressif ou moribond, qu’il peut cheminer vers sa valeur et redonner chair à son idéal, plus je comprends l’importance de cette bienveillance.Cette douceur ne doit pas être feinte car elle se lit dans le regard qui est à la fois l’entourant, le contenant et le reflet dé-morcelant ! Je pense par ailleurs qu’il nous faut réinvestir l’instant par la parole, lui redonner sens, le faire être par l’interrogation, par le dialogue, par la vibration de l’émotion. Cela demande un investissement thérapeutique énorme mais le jeu en vaut la chandelle ! Car nous pouvons forts de ce renforcement, forts ces sutures, explorer les bons parents, faire naitre ou renaitre l’interconnexion, ou la relation fille-mère, fille-père pour ensuite approfondir ce qui s’est mal produit, mal passé, ou perçu comme tel.                     <strong><u>CONCLUSION : </u></strong>  Que conclure lorsque le vide reste encore vide, que le manque est toujours manquant ! Nous avons à peine commencé ce long cheminement, et je le sais semé d’embûches considérables. Pour paraphraser Kristeva, « agglutiné à la chose, le moi reste sans objet » et donc sans manque. Et qu’il est difficile de faire naitre la chaîne des signifiants, quand le gouffre s’est installé si durablement, si confortablement entre le sujet et les objets. Mais je ne désespère pas de faire renaitre les liens entre les signes de la vie et les vécus par l’écoute, le questionnement, la parole, l’écriture : redonner chair à l’existence ! Notre moi est fait plus que d’affect et de pensées, il est moi-corps, moi-peau, moi-frontières. Je lui donne alors des « devoirs à faire » hors du transfert, pour donner comme je lui dis, « de l’importance à sa personne », en faisant par exemple un masque ou en « s’autorisant » un massage pour se faire du bien, pour elle-même. Tout semble parfois à construire ou reconstruire. Ce n’est pas seulement le vide qu’il faut emplir, mais la haine qu’il faut désemplir, la pousser dans ses retranchements. Et lorsqu’elle surgit dans une colère « fracassante », je tente de lui montrer l’importance du lien à la vie par son absence qu’elle devrait envisager auprès de ses amis, auprès de ses parents. Et quand je vois que cela ne suffit pas, je lui fais part de ma tristesse lorsque j’appris la disparition d’une amie, et sa longue agonie : je lui relate quelques souvenirs, et je lui dis que je suis triste car que ce ne sont plus que des souvenirs qui s’étiolent. Comme je vois que l’évènement ne fait pas encore symptôme, je lui déclare que je serai alors triste de son absence définitive. Et quelle triomphe quand elle me relate la fois suivante, son chamboulement à mes mots, et pourquoi !Car je sais que le langage peut à nouveau reprendre sa fonction de symbolisation. J’apprends à être humble bien sûr car la fois suivante, la rumination recommence, ou la fois suivante, la culpabilité resurgit… Je sais que la guérison ne vient que « de surcroit » mais je me dis que la psychanalyse est un « contre-dépresseur », que les soins de cette thérapie psychanalytique engagée peuvent partiellement cautériser sa souffrance et que son vide parait moins vertigineux qu’auparavant dans ma vision contre-transférentielle hallucinée.  BIBLIOGRAPHIE : </p>



<p>Julia Kristeva : Soleil Noir (chez Payot)</p>



<p>Freud : Deuil et mélancolie (chez Payot)</p>



<p>Freud : le moi, le ça (chez Payot)</p>



<p>Mélanie Klein : Deuil et dépression (chez Payot)</p>



<p>Anne Defourmantelle : la puissance de la douceur (chez Rivages)</p>



<p>Mini DSM 5</p>



<p>Julien Green : le travail du négatif (chez Editions de Minuit)</p>



<p>Traité de Psychopathologie de l’adulte : Narcissisme et dépression (chez Dunod)  </p>
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		<title>Ecrit psychanalytique 1 : La fuite du réel chez le psychotique et le névrosé</title>
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		<dc:creator><![CDATA[fredericlemonnier1973]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 20 Sep 2023 09:33:36 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>NTRODUCTION  L’aporie psychanalytique du sujet repose principalement sur la définition du réel : qu’est-ce qui est fui par le psychotique et par le névrosé ? Trois définitions&#8230;</p>
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<p><strong><u>NTRODUCTION</u></strong>  L’aporie psychanalytique du sujet repose principalement sur la définition du réel : qu’est-ce qui est fui par le psychotique et par le névrosé ? Trois définitions du réel s’affrontent : la première pose l’existence d’un monde, sans la pensée, hors la psyché et s’oppose donc au terme de réalité qui lui est pris dans le langage. La seconde se distingue d’un monde imaginaire ou du mythe : le réel, c’est simplement ce qui se passe. Enfin on trouve une définition dans la lignée lacanienne où le réel est ce qui, à l’origine, échappe à toute appréhension du symbolique ou de l’imaginaire et pourtant avec lesquels il n’a de cesse de se combiner.Cette fuite au départ s’inscrit dans la tentative freudienne d’élaborer une distinction entre le psychotique et le névrosé : le réel est ainsi pris dans sa seconde acception comme ce que nous acceptons comme réalité. Mais que fuyons nous réellement dans nos névroses ? Sont-ce nos pulsions refoulées par l’infâme Surmoi, soit l’avancée violente d’un réel qui se refuse à toute tentative de sens ? Est-ce la réalité brutale, le concret, la violence d’un monde qu’on résiste à accueillir ? Cela pose finalement la question de notre psyché face au réel, du moi par rapport au réel, à sa circonscription.Il y a dans le réel, une vérité inacceptable, impossible que le moi refuse. D’aucuns préfèrent éviter cette réalité ou ce réel, d’autres le nier et échafauder une nouvelle réalité. Ces définitions du réel posent à la fois la délimitation d’un en-dehors et d’un en-dedans, d’un externe et d’un interne au moi, et dans le même temps la porosité entre le moi et le monde qu’il soit pulsionnel ou concret. Le moi ne se limite pas simplement à des pensées diffuses et intangibles, car le moi touche au corps, à la chair, et il s’exprime par le corps, par le regard, et par la peau. Peut-on fuir en dehors de soi ? Il semble que le moi fuit dans un ailleurs à définir : halluciné, fantasmé, limité, ou charnel. Le propos appelle ensuite à la compréhension du terme fuite et l’appréhension du moi. Qu’est-ce qui fuit ? On entend dans cette action autant l’écoulement que l’évasion. Finalement à la manière d’un nœud borroméen, tout se touche, tout s’inclut : autant la réalité que le réel et l’imaginaire, le moi que le concret, que le monde, l’inconscient que le conscient, le moi que le ça, et le Surmoi. Les frontières ne sont pas décisives et il n’est pas si aisé de « fuir ». Il nous faudra donc nécessairement aborder autant la frontière, soit le pare-excitation de la première topique freudienne, que les processus de projection, d’incorporation, d’introjection : l’objet restant à définir…        </p>







<p><strong><u>I La fuite du réel  </u></strong>Il nous faut saisir dans cette première ébauche comment la fuite se caractérise. Est-ce simplement une fuite dans le comportement, une fuite physique comme si je fuyais le criminel, la guerre, la brutalité du monde ? Cela pourrait-il se lire dans l’attitude ? Ou bien une fuite intérieure, une volonté consciente ou refoulée d’éviter la réalité, de l’oblitérer, de la nier : Œdipe préfère se percer les yeux plutôt que de voir qu’il a tué son père et couché avec sa mère.  Il y a plus de vingt-cinq ans, je subissais la nuit, en revenant d’une résidence universitaire, dans un parc, une brutale agression physique. Je traversais alors trois réactions vis à vis du réel. Soudain l’humain, la réalité humaine n’avait plus de sens et il me semblait impossible de continuer à vivre dans ce non-sens. La réalité que je distinguais à travers cette nouvelle perception, me semblait lointaine, comme au bout d’un long tunnel, distante, comme si je ne pouvais y participer, étrange. Enfin, bien sûr, je peinais à rencontrer de nouveau la nuit, la ville, les gens, la lumière des lampadaires… je restais donc cloîtré dans mon studio d’étudiant. Le traumatisme apparait ici comme une fissure de la réalité : le sens, le symbolique, les désirs, la pulsion de vie sont en partie annihilés. Un fragment du réel s’écoule ainsi monstrueux et impossible. Dans la névrose traumatique, l’intégrité du moi menacée se réfugie quand ce dernier le peut, dans un cocon fusionnel, moelleux, une réalité sûre, paisible, protectrice, éloignée de l’autre réalité sauvage, cruelle, bestiale.Le traumatisme semble engendrer une cassure dans le pare-excitation qui laisse échapper un réel compact, continu, impossible, car impossible d’y mettre du sens. Nous pourrions ainsi définir le traumatisme comme un choc du réel, qui produit un enfoncement du « pare-excitation », comme une déchirure oculaire qui ferait absorber un trop plein de lumière.La membrane du pare-excitation doit alors se réparer ; la solution immédiate est le refuge et l’évitement. Ce choc du réel nous évoque d’une certaine manière le traumatisme de naissance décrit par Otto Rank : l’effraction accidentelle rappelle l’irruption originelle et ce désir de fusion, ce retour au contenant sécurisant de la mère symbolisée par la maison ou le studio ici.Tout commence par le traumatisme et resurgit au traumatisme.  Cette névrose traumatique permet d’introduire l’élaboration freudienne quant à la différence Névrose &amp; Psychose dans son ouvrage éponyme.Freud note tout d’abord que dans la psychose, la perception du monde est altérée. Le moi se crée un nouveau monde intérieur : refusant la réalité, il se construit une réalité plus adéquate en fonction du ça. D’ailleurs dans certaines schizophrénies, la fente s’illustre dans la perte de toute relation avec le monde extérieur. Au contraire, dans la névrose, le moi reste fidèle à sa dépendance vis à vis du monde extérieur mais essaie de bâillonner le ça. Plus précisément, le moi ne voulant pas recevoir une motion pulsionnelle du ça, se défend par le refoulement. Le compromis se situe alors dans le symptôme : troubles obsessionnels compulsifs, phobies, troubles hystériques. Le patient réitère l’acte symptomatique pour palier le surgissement du pulsionnel. Freud distingue alors un système d’éléments qui s’articule entre le ça, le monde extérieur et le moi. Le moi en situation de dépendance par rapport à la réalité réprime un fragment de vie pulsionnelle tandis que le moi, dans la psychose, se retire d’un fragment de la réalité en se mettant au service du ça. Mais la névrose est un refoulement raté car du symptôme surgit la béance de la motion pulsionnelle : acte manqué, lapsus… Freud utilise un cas clinique. Une femme au chevet de sa sœur à l’agonie refoule l’amour qu’elle porte pour le beau-frère en évitant la rencontre : maintenant qu’elle est morte, il peut m’épouser ! Elle refoule d’abord cette idée : c’est un échec. L’hystérie apparait alors comme rempart à la pulsion monstrueuse. Elle va alors tenter de refouler une partie de la réalité en évitant le mari. Nous trouvons ici deux caractéristiques principales de la fuite névrotique : d’une part l’évitement de la réalité, d’autre part le refoulement de la pulsion impossible à intégrer.La réaction psychotique serait à l’inverse de nier la réalité, soit la mort de sa sœur. Le névrotique, lui ne peut véritablement se refuser l’existence d’une telle réalité, même s’il va tenter d’effectuer une coupure entre le moi et la réalité, en l’évitant. En revanche pour le psychotique, la coupure est nette : la mort de sa sœur n’a jamais eu lieu. Une nouvelle réalité intérieure est ainsi créée.  La relation au réel dans la névrose est adaptative (comportement « autoplastique » de Ferenczy) : le sujet préfère rester aveugle et ne rien savoir de la réalité extérieure. Toutes les fois que le mari surgit, toutes les fois que la pulsion refoulée fait une nouvelle avancée, une réaction d’angoisse se produit. Dans la psychose, lorsque le fragment de réalité s’impose, surgit une nouvelle réalité, sans que ce même fragment ne soit réellement absorbé.Dans la névrose, comme finalement dans la névrose traumatique, le moi puise dans le monde fantasmatique d’avant la séparation par le principe de réalité et régresse dans le symptôme, alors que dans la psychose, cette réalité est directement remplacée par ce monde fantasmatique. Nous pourrions ainsi avancer que le psychotique ne « fuit » pas la réalité car pour lui, elle n’est pas, ni ne fuit le réel pulsionnel, tandis que le névrosé fuit à la fois la réalité car l’affirme dangereuse, et fuit le réel pulsionnel car monstrueux. Dans cette première partie, nous foulons les terres du réel sans pour autant vraiment les définir : le réel apparait extérieur au moi, un en-dehors qui entre en collision avec la psyché intérieure, mais nous butons aussi sur ce réel étrange interne, pulsionnel qui ne peut s’intégrer dans la réalité phénoménale, ce deuil impossible, cette pulsion impossible, font toutes deux parties du réel. Nous sommes pris dans le réel et nos défenses, lorsqu’il y a intrusion, restent fragiles.  </p>







<p><strong><u>2 les mécanismes de fuite : </u></strong> Freud s’intéresse ensuite dans le Président Schreber au cas paranoïaque, pour mettre en exergue la projection typique du Psychotique. Dans ce mécanisme, la perception intérieure est projetée à l’extérieur : l’amour intérieur, devient haine perçue de l’extérieur dans un délire de persécution. Ce mécanisme paranoïaque de projection n’est pas vraiment propre à la psychose, car la jeune fille amoureuse du premier essai cité, peut tout à fait rejeter le mari avec colère, le déclarer comme cause de la mort de sa sœur pour éviter la percée inconsciente de sa pulsion d’amour : quand l’amour devient haine, l’introjection de l’objet aimé devient projection haineuse, refus total de l’amour, ou/et projection dans le corps dans un délire hystérique.  Cependant, chez le psychotique, à cette projection paranoïaque s’adjoint pour le Cas Schreber, une libido du Moi en totale corrélation avec sa pulsion : le monde halluciné prend la place de la réalité trop fade.La pulsion chez le névrosé, peut donc se réattribuer de l’extérieur par le corps ou par l’obsession, ou se métamorphoser en angoisse puis en anxiété ou en phobie. Chez le paranoïaque psychotique, il y a un renoncement à toute libido vers le monde extérieur, un abandon total de l’objet dans un retour à un narcissisme primaire. Chez le psychotique, finalement, le retour du réel est impossible car rejeté dans sa signifiance alors que le refoulement chez le névrosé n’est jamais total : le réel peut ressurgir à tout moment dans le symptôme ou dans la réalité. Car ce refoulé est toujours articulé dans la réalité par le symbolique. En revanche, le surgissement du forclos, ce qui a été rejeté, dans le réel laisse le sujet psychotique tétanisé, saisi d’effroi, incapable de s’emparer de la parole pour détourner l’objet : la fuite est impossible, reste le monde halluciné interne. Il nous faut un instant pour notre bonne compréhension, nous appesantir sur les déterminants de la théorie lacanienne pour mieux différencier la structure du psychotique de celle du névrosé.Autour de dix-huit mois, pour surmonter la menace du corps morcelé, s’institue le « je » dans un mode « jubilatoire » de l’enfant encore babillant devant le miroir. Il suppose son image (il l’assume, sens anglais) spéculaire pleine et entière : l’enfant anticipe ainsi sa propre image sur le mode imaginaire comme forme totale du corps. Ainsi l’objet partiel de la phase kleinienne schizo-paranoïde devient l’image partielle. Le « je » se constitue par l’ordre imaginaire d’un corps morcelé en forme entière : l’image spéculaire devient le moi symbolique, par le jeu des représentations, du langage, des interrogations.  Seulement le psychotique va rejeter l’envers du miroir, le réel, ce qui est hors du spectacle imaginaire, par la forclusion du Nom-du-père : la castration est, elle aussi, reniée. Ce qui est derrière l’imaginaire est forclos : si le Nom-du-père n’opère pas, le réel est rejeté. Ce dernier est ici, ce qui résiste à la symbolisation, à la langue du désir.  Pour expliciter notre cas Schreber, sa libido restant sur le moi sous une forme mégalomaniaque, le désir ne se diffuse que dans l’interne et toute pulsion étrangère à ce monde fantasmatique est projetée du même coup à l’extérieur.Le réel ou plutôt le fragment de réalité extérieure, chez le psychotique ne semble pas avoir de préhension sur son comportement : elle est de toute manière rejetée. A l’inverse, le névrosé « cherche à inclure dans sa sphère d’intérêts une part aussi grande que possible du monde extérieur pour faire l’objet de fantasmes conscients ou inconscients. » Ferenczy propose (le premier) d’appeler ce processus : l’introjection. Nous avons donc vu que la psyché du psychotique et celle du névrosé diffèrent par leurs mécanismes de rejet et de fuite : </p>



<ul>
<li>d’une part, la psychose s’établit dans une forclusion du signifiant du Nom-du-Père, qui implique à la fois le rejet d’une réalité symbolique extérieure comme le rejet d’un fragment de réel absolu car impossible à circonscrire par une chaîne de signifiants, et parfois dans la paranoïa psychotique, la projection de pulsions impossibles à inclure dans ce monde halluciné&nbsp;;&nbsp;</li>



<li>d’autre part, la névrose opère par le refoulement du ça, en tentant d’obérer son influence dans la réalité externe par l’évitement, sans pour autant renier son existence. Le névrosé, dans son désir mondain, aime à signifier, à sublimer, faire sens, et évoluer de signifiant en signifiant pour contourner le cratère obscur d’où surgit le réel inquiétant, impossible à appréhender car sans aspérités.</li>
</ul>



<p>&nbsp;Cette fuite ne revêt pas la même signification&nbsp;:&nbsp;</p>



<ul>
<li>pour le psychotique, la fuite est interne dans un ailleurs mythique et oblitère définitivement le fragment de la réalité et sa connexion au réel et parfois le réel dans les cas de schizophrénie patente.&nbsp;</li>



<li>Le névrosé fuit le réel mais pour autant il ne nie pas son existence et continue de le concevoir comme partie du système&nbsp;: il n’aura de cesse, toute sa vie, d’écumer le sens du réel. Parfois d’ailleurs, dans les cas limites, surgira l’impossibilité de faire sens&nbsp;: le réel cessera «&nbsp;de ne pas s’écrire » …</li>
</ul>











<p><strong><u>3 la fuite pathologique</u></strong> Nous avons vu l’importance du nœud borroméen :  réel, symbolique &amp; imaginaire. L’échappement se produit au surgissement du réel : lorsque le ça, partie du réel, soit la pulsion intolérable, ou un fragment du réel extérieur surgit dans le champ de la perception. Seulement la réponse d’un sujet psychotique et d’un sujet névrosé diffèrent : </p>



<ul>
<li>le premier réagira par la coupure, en scindant l’espace, d’un côté un monde fantasmatique dans lequel il trouve refuge, de l’autre, l’Autre, le monde dans lequel il projettera toute malfaisance pulsionnelle ou contraire à son langage.&nbsp;</li>



<li>Le second tentera de taire le ça par le refoulement, de tergiverser avec la réalité par l’évitement et trouvera un compromis dans le symptôme labile ou la régression.</li>
</ul>



<p>Le lieu du refuge est inquiétant car le risque est l’effondrement du sujet. Pour être, il a besoin des trois piliers de la structure : le réel, le symbolique et l’imaginaire combinés ensemble. Comme en toute chose, une harmonie mesurée de ces trois éléments est nécessaire pour la viabilité du sujet. Car comme les frontières entre ces trois ordres ou instances sont poreuses, la structure névrotique peut cheminer vers une structure psychotique. Nos mécanismes de défense peuvent nous attirer vers des processus primaires dangereux. La projection par exemple emmène le patient, peu à peu, dans un monde bipolaire : le monde de l’Étranger persécuteur, cruel, sadique est rejeté, tandis que l’Objet acceptable est introjeté, puis incorporé dans un monde fantasmé imaginaire. Le clivage aussi permet d’asseoir au sein de la psyché, deux attitudes à l’égard de la réalité extérieure, l’une tenant compte de la réalité, l’autre la déniant et la remplaçant par une réalité produite par le désir : le Moi est ainsi déchiré entre le Moi satisfait de la réalité et le Moi aigri ou rancunier. Bien sûr, au départ, le mécanisme de clivage peut être très efficace pour réduire l’anxiété et maintenir l’estime de soi, dans les rapports entre la Bonne mère, la Mauvaise mère et le Surmoi du stade oral. Mais il implique toujours une distorsion dangereuse.La fuite devient pathologique quand le refoulement implique une régression à ces stades. Nous sommes malheureusement emportés dans le réel et il n’est pas possible de séparer le bon grain de l’ivraie : le réel est ce qu’il est, à la fois l’envers du spéculaire, de l’imaginaire, résistant à la symbolisation, à la langue du désir, événement à la fois incroyable et monstrueux, compact. Et le corps est pris dans ce réel comme nos pulsions interdites, notre ça.La fuite est peine perdue : le symptôme chez le névrosé peut se « viscéraliser », la manifestation psychique s’inscrire dans le physiologique par une dynamique d’incorporation, de rétention et d’élimination, selon la théorie de Reich. Je fus stupéfait d’apprendre que telle connaissance, fragilisée dans son estime de soi, dont on aimait à déprécier son intelligence, sa faculté de compréhension et qui ne réussissait que moyennement jusqu’en terminale mais dont l’ambition l’avait poussé à absolument atteindre le plus haut niveau d’études scientifiques au détriment de sa libido génitale, déclarait soudain à quarante-cinq ans, être atteint d’une tumeur au cerveau. Bien sûr, l’explication est génétique : les aïeux ont subi cancers et tumeurs. Mais l’obsession de l’intelligence et l’inhibition des pulsions sexuelles ont certainement atteint un peu plus l’organe déjà affaibli.   </p>







<p><strong><u>Conclusion : </u></strong> Qu’elle soit tonitruante ou silencieuse, la fuite du réel (pulsionnel ou extérieur) est inquiétante et dangereuse.  Chez le psychotique, la création d’un monde halluciné dans lequel il fuit, pourra l’éloigner définitivement du monde réel et laisser libre cours à des pulsions criminelles envers ce dernier. Chez le névrosé, le symptôme, pris dans son unité et sa répétition, pourra s’enraciner dans une fuite jouissive et silencieuse, taire tout espace symbolique pour contaminer l’ensemble du « je » dans la dépression par exemple parfois jusqu’à l’organe.  Dans ma pratique avec les patients névrotiques, j’accorderai toute l’importance à cette interaction (réel, symbolique &amp; imaginaire) : nous sommes pris dans ces éléments et il est vital de ne pas disjoindre l’un de l’autre. La parole et son écoute permettent de faire vivre ses connexions : la fuite peut progressivement cesser et revenir, grâce au transfert dans le jeu des réalités.  C’est souvent un travail de longue haleine, traversé d’interruptions dans des ailleurs imaginaires, dans des lieux de non-dits, par des silences brady-psychiques, ou au contraire par des nuisances symptomatiques. Il est essentiel que le cabinet ouvre cet espace de paroles où tout en confiance le patient dépose ses souffrances, ses désirs refoulés, la plénitude de sa parole pour ainsi être, mieux être et exister en tant que sujet, « je » : « parlêtre » Mais le thérapeute ne doit pas oublier d’assumer sa fonction phallique, c’est-à-dire sa fonction régulatrice car le silence ou tout au contraire le trop de mots peuvent être le signe d’une jouissance symptomatique, une fuite intellectuelle ou imaginaire. Il faut mettre en exergue le désir sans qu’il ne déraille et prenne la fuite. Dire ne suffit pas toujours et il est parfois nécessaire d’en passer par l’écriture d’un journal ou de « lettres à son psy ». Cependant cette écriture doit retourner dans le cheminement psychanalytique de la parole et de son écoute singulière.     </p>







<p><strong><u>BIBLIOGRAPHIE :  </u></strong></p>



<ul>
<li>Névrose &amp; Psychose&nbsp;de Sigmund Freud chez Payot (et le cas Schreber)</li>



<li>L’homme aux loups&nbsp;de Sigmund Freud chez Payot&nbsp;</li>



<li>Psychanalyse&nbsp;chez PUF quadrige de Paul-Laurent Assoun (Livre VIII particulièrement)</li>



<li>Les fondamentaux de la psychanalyse lacanienne&nbsp;chez PUR sous la direction de Laetitia Jodeau-Belle et Laurent Ottavi</li>



<li>Cinq leçons sur la théorie de Jacques Lacan&nbsp;de Nasio chez Payot</li>



<li>Ecrits&nbsp;de Jacques Lacan (le stade du miroir, fonction et champ de la parole et du langage)</li>
</ul>
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		<title>Ecrit psychanalytique : l&#8217;angoisse</title>
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		<dc:creator><![CDATA[fredericlemonnier1973]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 07 Apr 2023 15:49:55 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Bienfaits et pathologies de l’angoisse de la naissance à l’âge adulte Selon la&#160;doxa, l’angoisse manifeste un profond sentiment de peur, d’inquiétude, d’anxiété qui, de prime&#8230;</p>
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<h2 class="wp-block-heading">Bienfaits et pathologies de l’angoisse de la naissance à l’âge adulte</h2>



<div class="wp-block-media-text is-stacked-on-mobile"><figure class="wp-block-media-text__media"><img width="874" height="899" data-attachment-id="3017" data-permalink="https://fredericlemonnier.fr/serie-blue-noun-frederic-p-lemonnier/504dbddf-858e-4a16-b0d7-9dac8c3ed299_1_105_c/" data-orig-file="https://fredericlemonnier.fr/wp-content/uploads/2023/02/504DBDDF-858E-4A16-B0D7-9DAC8C3ED299_1_105_c.jpeg" data-orig-size="874,899" data-comments-opened="1" data-image-meta="{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}" data-image-title="Blue noun 7" data-image-description="" data-image-caption="&lt;p&gt;Radiographies créatives : blue nous Frédéric P. Lemonnier&lt;/p&gt;
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<p>Selon la&nbsp;<em>doxa</em>, l’angoisse manifeste un profond sentiment de peur, d’inquiétude, d’anxiété qui, de prime abord, entrave toute action. Nous avons tous à l’esprit cette peinture de Courbet où l’épouvante saisit le visage du désespéré, ou bien encore les peintures de Goya où l’effroyable fige les visages, tord les corps, écarquille les grands yeux des pénitents. L’angoisse vous prend avec son cortège d’horreurs, vous étrangle, vous pétrifie.&nbsp;</p>



<p>Comment pourrait-elle alors dans cette vision cauchemardesque aboutir à un bienfait ? Ou ne serait-ce qu’avoir une fonction bienfaitrice ? Positive ?</p>



<p>Serait-ce un avantage que d’être angoissé ?</p>




</div></div>



<p>Cette inquiétude pourtant, qui interroge chez l’enfant émerveillé jusque chez l’adulte philosophant, ne pourrait-elle pas être le berceau de la vie, l’origine de toute pulsion de vie ?</p>



<p>Il faudrait appréhender l’autre partie de l’énoncé, comme une opposition éthologique à l’avantage généreux que procure la «&nbsp;déesse de l’angoisse&nbsp;» : les pathologies ? Y-a-t-il un «&nbsp;en même temps&nbsp;» ? Simultanément le bienfait, simultanément la maladie ? Est-ce une question de niveau de lecture de l’angoisse&nbsp;?</p>



<p>A quel moment le pathos au sens d’<em>affect</em>, deviendrait pathos au sens de&nbsp;<em>souffrance</em>, maladie ? Serait-ce quand l’angoisse change d’état, de la latence à l’affect ?</p>



<p>Notre culture occidentale comme dans&nbsp;le Cri&nbsp;de Munch, trace la vibration incommensurable de l’angoisse. Prémonitoires, ces œuvres picturales préfigurent les horreurs à venir encore plus effroyables que seront les guerres mondiales mais l’universalité de l’angoisse est déjà présente&nbsp;: archaïque, primaire, originelle comme dans le Cronos de Goya, dévoreuse de chair à la naissance des dieux. Elle sous-tend la vie de la naissance à la mort de l’homme.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>I Définitions</strong></h2>



<p>La difficulté repose&nbsp;<strong>dans la définition même de l’angoisse</strong>. Qu’est-ce que l’angoisse&nbsp;? Il faut pour la comprendre étudier un instant son étymologie : elle est issue de l’<em>angustia&nbsp;</em>en latin, qui exprime le resserrement, l’étranglement et de l’<em>agonia</em>&nbsp;grecque qui signifie le combat.&nbsp;<em>Die Angst</em>, dans le texte freudien, exprime non pas la peur, mais bien un&nbsp;<strong>sentiment de constriction</strong>&nbsp;: l’étau se resserre et c’est non seulement un sentiment profond, fort, mais plus spécifiquement un&nbsp;<strong>état somatique&nbsp;</strong>qui couvre plusieurs désinences symptomatiques telles : palpitations, spasmophilie, tétanie, vertige, syncope, dyspnée, pâleur, halètements… voire crise cardiaque. Les manifestations paroxystiques d’une crise d’angoisse peuvent conduire résolument à un état délétère et mortel. Tandis que l’angoisse relate un effet sur le soma (soit le corps), tel un combat corporel du moi, l’anxiété décrit plutôt un état mental, flottant et léger.</p>



<p>Pourtant cette souffrance traverse bien dans la séméiologie des troubles anxieux (DSM V), des <strong>syndromes corporels, mentaux, et comportementaux</strong>. La pathologie générale, au-delà de l’atteinte somatique, entrave aussi l’esprit : le sujet a peur de perdre le contrôle, peur de devenir fou, et cette appréhension peut aller jusqu’à l’irréparable : la défenestration ou le suicide. (phobie d’impulsion)</p>



<p>Le comportement d’un angoissé est parfois visible dans la crispation de son corps ou de son visage, sa rigidité, la fixité soudaine de son regard, ou au contraire, dans des gestes désordonnés, une déambulation incessante.</p>



<p>Nous parlons bien ainsi d’une souffrance qui peut être mortelle.&nbsp;&nbsp;<em>L’angor pectoris</em>, terme médicale pour désigner l’angoisse de poitrine, se caractérisent par des douleurs constrictives violentes qui annoncent l’infarctus du myocarde. C’est bien ce que révèle le terme d’angoisse&nbsp;: un état de souffrance qui pétrifie, qui combat au contraire, ou qui s’échappe soudain dans l’impulsion qu’il suscite. L’angoisse est poignante et manifeste parfois une sensation de mort imminente, un état de détresse (<em>dis-stress</em>) …</p>



<p>Si l’angoisse peut être converti somatiquement, d’une certaine manière à l’extérieur, elle a aussi un déclenchement interne. Elle illustre&nbsp;<strong>un combat intérieur</strong>&nbsp;: le tourbillon de l’âme contre des puissances obscures.</p>



<p>L’angoisse comme nous l’entendons souvent aujourd’hui, traduit bien&nbsp;<strong>le signal d’alarme que produit notre moi face à un danger interne</strong>&nbsp;: à l’état adulte, elle est proprement&nbsp;<strong>psychique</strong>. Et il faut bien sûr la différencier de la peur face à un danger connu, extérieur, bien déterminé, même si elle peut d’une certaine manière aboutir aux mêmes desseins comportementaux : la fuite, l’immobilité ou le combat. Freud distingue ainsi dans&nbsp;Inhibition, Symptôme et angoisse, l’angoisse du Réel (<em>die Realangst</em>) de l’angoisse névrotique ou psychique.</p>



<p>Notre angoisse psychique est l’héritière de cette angoisse de mammifère face au danger extérieur : le lion ou l’éléphant qui attaquent, la foudre qui frappe.</p>



<p>C’est en cela qu’elle est&nbsp;<strong>un bienfait pour l’homme car elle signale un danger</strong>, en outre elle donne très souvent&nbsp;<strong>l’impulsion d’une action</strong>. Seulement ici&nbsp;<strong>le danger n’est plus immédiat, elle est donc plutôt préventive ou anticipatrice</strong>&nbsp;: la vie entière peut d’ailleurs s’organiser autour de la crainte de vivre à nouveau cette angoisse.</p>



<p>Nous retrouvons ici&nbsp;<strong>l’instinct de conservation, ou d’autoconservation freudien</strong>. Le danger, la maladie, la mort peut surgir. Il faut donc pour la conservation de l’espèce procréer, mais plus spécifiquement donner une suite à son propre moi.&nbsp;<strong>L’angoisse à l’origine de toute chose, primitive, est instinctuelle. Elle remplit le manque de vie, elle complète, elle poursuit.</strong>&nbsp;Pour paraphraser Françoise Dolto dans&nbsp;La cause des enfants, tout être nait d’un «&nbsp;désir inconscient&nbsp;» de donner la vie. Ainsi la naissance d’un individu remonte à cette angoisse originelle pour vaincre la temporalité et son improbabilité. À tout moment, la vie peut s’interrompre, la maladie peut suspendre, la violence peut surgir. Cette angoisse instinctuelle, primitive, est comme un soubresaut de vitalité : je veux vivre encore plus, je veux qu’elle se prolonge, je veux combler mon manque à la vie.&nbsp;<strong>Cette angoisse porte en elle, son manque à être et son néant.</strong>&nbsp;Elle agit comme une impulsion face aux possibilités qui peuvent advenir : serai-je ? Ou ne serai-je plus ? Elle appréhende ce futur impossible et réagit. Ainsi que Kierkegaard le dit en substance dans son&nbsp;Concept de l’Angoisse,&nbsp;<strong>synthèse de la bête et de l’ange, seul l’homme peut éprouver cette angoisse.</strong>&nbsp;Car, se détachant de l’innée, il peut ainsi grâce à l’angoisse être en tension et créer. L’angoisse est alors ce vertige de liberté, face au possible : face à ce qui n’est pas encore et ne sera peut-être jamais, l’homme n’a que le choix de se saisir d’une décision. D’une certaine manière, pour ne pas subir ce vertige, il décide le faire ou l’action plutôt que le néant impossible : il crée, il fait, il procrée.</p>



<p><strong>L’angoisse devient ainsi cette impulsion vitale face au néant des possibles.</strong></p>



<p>Il faut ajouter que dans ce furieux désir de vivre,&nbsp;<strong>l’angoisse reste sans objet</strong>. Elle traduit le plus confusément possible cette impulsion vers, sans que ne soit spécifiée la véritable nature de la crainte.</p>



<p>Souvent, l’individu agit ainsi sans authentifier précisément la source de son mal-être, voire sans avoir connaissance d’un véritable mal-être. Soudain, l’agressivité surgit, la confusion des sentiments s’installe, soudain, l’individu ne sachant pourquoi, a une brusque envie de pleurer. L’angoisse est à la fois ce&nbsp;<em>sans-objet</em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;_contrairement à la peur, ou à la crainte plus imprécise_ et&nbsp;<strong>cette «&nbsp;<em>impulsion-vers&nbsp;»&nbsp;:&nbsp;</em></strong>elle est d’ailleurs toujours, même dans la pétrification, un&nbsp;<strong>désir de futur</strong>.</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong>II Généalogie de l’angoisse&nbsp;:</strong></h3>



<p>Nous retrouvons ainsi l’angoisse originaire :&nbsp;<strong>le fœtus, d’abord idée, puis objet du désir inconscient, subit dans son évolution, les angoisses de la mère</strong>. Malgré la membrane amniotique, il peut suivre le rythme de sa détresse comme de sa joie : le ventre peut se figer comme du béton à l’acmé d’une souffrance maternelle.</p>



<p>Selon Françoise Dolto, cette angoisse perçue mais non-conscientisée, peut marquer l’évolution du nourrisson. Tout fœtus se crée dans l’angoisse de vie et est objet de cette même angoisse. Il subit donc cette double angoisse profondément qui laissera certainement des traces indélébiles.</p>



<p>L’angoisse originaire recouvre donc d’une part&nbsp;<strong>l’angoisse de la mère</strong>, d’autre part,&nbsp;<strong>l’angoisse explosive de la vie qui saisit le fœtus</strong>. Durant toute son évolution, le fœtus subit des soubresauts électriques de vie, entrecoupés de silence. Bien que la conscience ne soit encore dessinée, bien que l’angoisse originaire ne puisse être caractérisée au même titre que l’angoisse post-natale, nous pouvons tout de même concevoir que cette angoisse prénatale puisse être effrayante pour le fœtus. Tandis qu’il perçoit les bruits du dehors, sourit déjà dans le ventre de sa mère, parfois tambourine, ou manifeste d’une perception, d’une vie, il peut aussi bien être affecté par ce rythme qu’impose la création de son propre corps, ces poussées vitales et ces silences mortels _sans bruit, sans vie. Le psychiatre japonais Kimura Bin rapproche d’ailleurs cette angoisse originaire de l’angoisse que subit l’épileptique, où mort et vie se côtoient.</p>



<p>Selon Freud, «&nbsp;l’inconscient est probablement le véritable intermédiaire entre le somatique et le psychique&nbsp;» C’est par l’intermédiaire de l’angoisse que le chaînon se met en place.&nbsp;<strong>Cette angoisse originaire, monstrueuse est, selon moi, imprimée irrémédiablement dans l’inconscient à venir, car incrustée dans les cellules du fœtus</strong>.</p>



<p>À la naissance, l’angoisse prend toute sa dimension&nbsp;étymologique de resserrement, d’étau, d’arrêt de la respiration, de claustration et de constriction&nbsp;: la douleur de cet étouffement doit être incommensurable pour un si petit corps&nbsp;! A tel point qu’Otto Rank a considéré ce&nbsp;<strong><u>traumatisme de naissance</u></strong>&nbsp;dans son essai éponyme comme le prototype de toute angoisse future.</p>



<p>Selon le psychologue autrichien, pour mieux vivre, il faudrait abréagir cette angoisse, la projeter vers l’extérieur en la revivant.</p>



<p>Dans la leçon n°25 d’Introduction à la psychanalyse, Freud la considère un instant pour la relativiser ensuite dans&nbsp;Inhibition, symptôme et angoisse&nbsp;<em>par l’angoisse du réel (die Realangst)</em>, l’angoisse de séparation avec la mère, puis par l’angoisse de castration et l’angoisse névrotique&nbsp;: il affirme sans équivoque qu’il ne faut surtout pas réduire l’angoisse à ce qu’éprouve l’enfant au moment de la naissance.</p>



<p>Nous pouvons tout de même estimer l’importance de cette angoisse de séparation au même titre que l’angoisse originelle. Ma naissance fut à quelques jours tardive comme si je préférais rester indéfiniment dans ce contenant maternel, et y baigner. On m’extirpa alors par césarienne «&nbsp;<em>manu militari » …</em>&nbsp;bien que ne subissant pas ce traumatisme de manière si caractéristique que la plupart des bébés qui sont extraits par voie naturelle, je fus affecté par&nbsp;<strong>cette angoisse de la séparation d’avec la mère que je revécus certainement au sevrage de manière plus prégnante.</strong></p>



<p>Lacan insiste sur le choc provoqué par la pénétration de l’air dans les poumons, puis la coupure du cordon et la séparation du placenta&nbsp;: c’est en effet un véritable ébranlement, brutal qui entraine&nbsp;<strong>la division du sujet</strong>.</p>



<p>L’angoisse s’inscrit ainsi dans&nbsp;<strong>la vibration d’un phénomène naturel et permet la construction essentielle de l’homme.</strong>&nbsp;Autant la mère peut être affectée par la séparation de l’objet, autant le nourrisson réagit à cette division par les cris et les larmes. La résonnance de ce cri est telle que le psychologue Arthur Janov inaugure sa thérapie primale dans les années 70 comme un traitement pour la guérison de la névrose.&nbsp;&nbsp;Selon Janov, l‘Inconscient n’est ni mystérieux, ni insondable&nbsp;; il est essentiellement constitué des souffrances de l’enfance. Il faudrait pour soigner cette angoisse inscrite dans la souffrance primale, remonter à l’origine de ce cri.</p>



<p>Cette première angoisse de naissance relate finalement les fonctions vitales de toute existence&nbsp;: elle enveloppe toute fonction et appelle à un passage d’un état à un autre.</p>



<p>Alors que l’angoisse originaire reste binaire entre vie et mort, entre 1 &amp; 0, entre présence et absence,&nbsp;<strong>l’angoisse primaire de naissance</strong>&nbsp;fait passer de l’intérieur à l’extérieur, du dedans, sécurisant, à l’extérieur, vacuité qui deviendra le monde.</p>



<p>A partir de la naissance, l’angoisse agira ainsi de soubresaut en soubresaut, pour&nbsp;<strong>remplir le vide</strong>&nbsp;: c’est un état qui traduit&nbsp;<em>l’impulsion-vers</em>&nbsp;sans que l’objet soit encore défini. L’enfant s’appuie au départ sur les contenants maternels. Il est simple présence au monde mais cherche le soutien car habitué à un environnement pleinement enveloppant, il s’agrippe pour ne pas tomber dans le vide vertigineux du monde.</p>



<p>La pathologie de l’angoisse chez le nourrisson est significative. L’angoisse entraine un trouble qui se traduit par un symptôme&nbsp;: asthmes, otites, troubles intestinaux caractérisent les angoisses du vide, qui doit être comblé. Pour reprendre une expression devenue populaire, «&nbsp;l’asthme est un chant de l’amour qui s’étouffe&nbsp;». Pour l’analyse, l’angoisse est indissociable du message dont elle est empreinte&nbsp;: elle est, en stigmatisant cette vision romantique, un chant de la vie qui s’ignore, un chant du désir d’être.</p>



<p><strong>Tous les processus primaires, grâce au vecteur de l’angoisse, conduisent peu à peu à l’objectalité puis à l’idéalisation.</strong></p>



<p><strong>Après donc la première division, vient le sevrage&nbsp;puis peu à peu l’objet se dessine et ceci bien sûr pour que le moi surgisse puis se structure.</strong></p>



<p>L’angoisse primaire est principalement régie par le principe de plaisir&nbsp;: le nourrisson ne réagit qu’à son mal-être et son bien-être. La première démarche du psychisme infantile est, selon Mélanie Klein, de transformer l’angoisse, impressions de vide et de manque en objets. Alors que pendant les 6 premiers mois, l’enfant est encore en fusion avec la mère, l’enfant crée ensuite des objets partiels (fictifs et virtuels, qui sont à ses yeux de véritables objets). L’angoisse détermine ainsi des oppositions entre le bon objet et le mauvais objet&nbsp;: elle produit le clivage entre ce qui est objet de plaisir, qui peut être intégré au self (l’introjection), et permettre sa construction et le mauvais objet qui ne peut être que rejeter et projeter hors du&nbsp;<em>self.</em>&nbsp;L’enfant oscille ainsi entre l’angoisse persécutrice ou schizo-paranoïde et la tentative de réparer le mauvais objet (le mauvais sein ou la mauvaise mère) par une phase dépressive</p>



<p><strong>L’objectif principal de l’angoisse primaire est de se remplir de bons objets,</strong>&nbsp;comme le nourrisson se remplit de bon lait. C’est une angoisse du manque, du vide, du creux&nbsp;: le nourrisson est affecté par la fringale.</p>



<p>Je me dis parfois que cette dernière se retrouve chez l’adulte dans sa folie furieuse de tout posséder, de tout voir, de tout visiter sans réellement digérer. Cette angoisse paraît normale dans une société d’hyper-consommation mais elle révèle pour moi un remplissement moribond.</p>



<p>C’est là où la pathologie se dévoile dans la fonction essentielle de la sustentation&nbsp;: les symptômes de boulimie ou inversement d’anorexie traduisent<strong>&nbsp;l’angoisse de l’effondrement du moi</strong>. Selon Winnicott, l’angoisse perpétuelle qui agit par exemple, dans la boulimie est la peur que le moi s’effondre, que sa structure se délite.</p>



<p>Une nouvelle angoisse se glisse pernicieuse et sournoise, une angoisse archaïque qui se cache dans les affres infantiles et peut persister ainsi jusqu’à l’état adulte. Cette angoisse est bien sûr caractérisée par le creux mais elle menace l’intégrité du Moi. Elle rejoint avant l’essor du langage chez le bambin&nbsp;<strong>les autres angoisses archaïques comme les angoisses de morcèlement, d&rsquo;effondrement, de dévoration et de liquéfaction.</strong></p>



<p>A ces angoisses archaïques s’attachant à la&nbsp;<strong>formation du Moi</strong>, sur lesquelles nous reviendrons, nous trouvons&nbsp;<strong>l’angoisse du 8<sup>ème</sup>&nbsp;mois de Spitz</strong>, l’angoisse de l’étranger qui demeure une angoisse liée à la mère et à son absence et celle de Margaret Malher,&nbsp;<strong>l’angoisse de séparation du 5<sup>ème</sup>&nbsp;mois&nbsp;</strong>qui caractérise le passage du symbiotique, moment de confusion entre la mère et l’enfant à la différenciation-objectalité.</p>



<p>Toute cette théorie de l’angoisse de séparation se retrouve en d’autres termes dans la théorie de l’attachement de John Bowlby. Une fois de plus, cette angoisse qui cherche à trouver l’espace sécurisant, le lieu de tendresse et d’attachement peut aboutir à une anxiété inappropriée. Le DSM V décrit la pathologie de l’angoisse de séparation comme une «&nbsp;anxiété inappropriée et excessive&nbsp;concernant la séparation d’avec les personnes auxquelles l’enfant est attaché&nbsp;». Les symptômes sont significatifs&nbsp;: l’enfant refuse d’aller à l’école ou de dormir seul, s’agrippe lors de séparation…</p>



<p>Pour contrecarrer ces angoisses parfois délétères,&nbsp;<strong>l’angoisse primaire se fixe sur les bons objets qui l’environnent</strong>, «&nbsp;s’objective&nbsp;» dans des moments narcissiques, donnant ainsi naissance aux objets de plaisirs spécifiques intériorisés. Le bambin pourra d’ailleurs utiliser des&nbsp;<em>objets transitionnels</em>&nbsp;(Winnicott) comme la tétine pour réactiver le principe de plaisir suscité par le bon objet (le sein), ou comme le doudou pour raviver le souvenir de la tendresse maternelle.</p>



<p>Freud l’a aussi mis en exergue dans le jeu de la bobine du petit Ernst dans&nbsp;Au-delà du principe de plaisir,&nbsp;faisant disparaître et réapparaître l’objet symbolisant ainsi la présence (Da) et l’absence (Fort&nbsp;: loin) de la mère. L’objet permet ainsi d’apaiser le manque de l’objet maternel et soulager cette angoisse&nbsp;: la création par le jeu, joue un rôle déterminant me semble-t-il, dans l’allègement de l’angoisse&nbsp;: la création et l’imagination permettent alors d’une certaine manière de la sublimer.</p>



<p>N&rsquo;y-a-t-il pas d’ailleurs l’écueil de la fantasmagorie pathologique lorsque l’enfant se berce d’histoires qui annihile le principe de réalité laissant ainsi poindre un principe de plaisir omnipotent&nbsp;?</p>



<p>Gérard Bonnet, dans son&nbsp;essai sur l’Angoisse&nbsp;explique que l’objectivation véhiculée par l’angoisse primaire aboutit finalement à la naissance&nbsp;<strong>de 3 idéaux fondamentaux&nbsp;: la beauté, la tendresse et la vérité.</strong></p>



<p>La beauté, comme la tendresse est bien sûr issue de l’origine&nbsp;: le visage de la mère. Le ravissement profond qui parfois traverse le regard du bambin face à la mère se retrouve à l’état adulte par exemple dans son émerveillement devant le spectacle de&nbsp;<em>Gaia</em>.</p>



<p>La vérité repose sur la cohérence entre le bon sein et ce qu’il transmet.&nbsp;<em>Adaequatio rei et intellectus&nbsp;(</em>la vérité s’exprime dans la correspondance entre la chose et l’esprit). «&nbsp;Bon sein ne saurait mentir&nbsp;!&nbsp;» L’enfant d’ailleurs en fait son cheval de bataille. Mais lorsque justement l’objet maternel ment, est perçu comme mauvais, la pathologie commence&nbsp;! L’angoisse primaire peut ainsi aboutir à des pulsions sadiques.</p>



<p>Nous pouvons déterminer un&nbsp;<strong>changement d’état</strong>&nbsp;dans cette évolution de l’angoisse&nbsp;:&nbsp;<strong>c’est la conscience de l’affect</strong>. Dans l’angoisse originelle, et primaire, l’état est total, sans discontinuité. L’enfant est ce qu’il perçoit&nbsp;: il n’y a pas de mise à distance. L’objet transitionnel fait d’ailleurs parti intégrante du moi&nbsp;: le doudou reste encore accroché à ce moi-corporel et quel drame si soudain il disparait&nbsp;! L’objet, quant à lui est partiel&nbsp;: pour paraphraser Françoise Dolto<em>, «&nbsp;l’image du moi se dessine par à coup&nbsp;»</em>&nbsp;suivant ainsi les objectalités successives du stade oral. La fusion, le bain maternel, le holding (Winnicott), cet environnement normalement sécurisant ne peut permettre de distinguer et de connaitre. Le moi n’est pas encore assez fort pour admettre le surgissement de cette conscience perceptive. Finalement, nous pourrions dire que l’objet n’est pas véritablement distinct du moi narcissique à l’état primaire. La mère, le sein, le pouce, la bouche, le nez, l’olfactif, sont dans la construction du moi des éléments. Si la mère est soustraite pendant les 18 premiers mois, dans une institution hospitalière (comme dans l’Hospitalisme de René Spitz), les conséquences de l’angoisse sur le moi-corporel sont durables et irréversibles&nbsp;:&nbsp;<em>«&nbsp;retard de développement corporel, de la maitrise manipulatoire, de l’adaptation au milieu, du langage&nbsp;; résistance amoindrie aux affections&#8230;voire marasme et mort.&nbsp;» (in Laplanche, p176, Collection Dico Poche/ Quadrige)</em></p>



<p>Ces angoisses sont généralement dites «&nbsp;<strong>blanches</strong>&nbsp;»&nbsp;: elles sont incrustées dans le corps, elles ont d’après moi leur propre vibration, qui resurgiront aux divers stades suivants mais l’enfant ne le sait pas encore.</p>



<p><strong>Tout change au moment où il intériorise le plaisir ressenti au contact de l’autre, le reconnait, puis se reconnait lui-même dans son plaisir/son angoisse. Le Stade du Miroir (chez Henri Wallon de 6 à 12 mois, d’abord puis chez Lacan, de 6 à 18 mois) est selon moi déterminant dans la généalogie de l’angoisse.</strong></p>



<p>Tout d’abord, le nourrisson reconnait l’image de l’autre&nbsp;: l’image spéculaire est au départ celle d’un autre, avec qui il s’amuse comme s’il était avec un comparse puis la rejette, comme celle d’un étranger, s’en détourne obstinément, enfin s’identifie à sa propre image.</p>



<p>L’angoisse agit ainsi&nbsp;<strong>en creux du désir de l’autre et permet la formation du je (Sujet)</strong>. Mais cette fonction ne peut exister que dans la présence de l’autre. En effet, pourquoi dire je, s’il n’y a personne à qui l’opposer.</p>



<p>Ce stade est véritablement capital car il permet l’unification des moi-corporels et ainsi l’intégration du sujet&nbsp;: l’angoisse agit ainsi, par opposition, par le négatif, et impulse une nouvelle dimension.</p>



<p>La construction psychique est bien sûr incomplète mais nous avons là l’essence du «&nbsp;je&nbsp;» qui s’exprime, qui dit non, qui manifeste son mécontentement, sa joie, qui réagit au sourire de la figure tutélaire, qui prend conscience de son propre état et de ce qu’il peut engendrer, de sa propre angoisse.</p>



<p>L’angoisse change ainsi peu à peu de mode d’inscription : elle n’imprime plus sourdement, elle devient&nbsp;<strong>angoisse psychique, elle s’exprime, car l’enfant prend conscience de sa propre unité corporelle&nbsp;</strong>et de l’angoisse que peut susciter la non-maitrise de cette dernière comme il a expérimenté l’absence de la mère sur un mode angoissant. L’enfant vient rassembler son moi dans l’image spéculaire et contempler de façon&nbsp;<em>jubilatoire</em>&nbsp;cette unité, pour reprendre la terminologie lacanienne. L’idéal du Moi se constitue ainsi grâce au regard tendre de la mère qui confirme l’enfant dans cette reconnaissance imaginaire&nbsp;: je suis aimable, je suis capable de m’aimer et capable d’être aimé.</p>



<p>L’angoisse ainsi sécurisée permettra la structuration saine du Moi. Seulement si bien sûr la perception de l’enfant s’érode, ou se fausse si le regard de la mère est évitant ou inquiétant, ou encore ambivalent (voire manipulant), une angoisse effrayante est déclenchée. Elle devient alors pathologique&nbsp;s’incrustant durablement sous la forme d’un Surmoi maternel cruel, qui peut parfois dévorer le moi, le morceler, le déstructurer, le liquéfier. La structure du moi peut ainsi totalement se déliter et l’enfant être traversé de psychoses.</p>



<p><strong>Cette angoisse surmoïque maternelle</strong>&nbsp;peut ainsi empêcher tout accès à l’idéalisation ou au symbolique&nbsp;: à l’idéalisation de la tendresse, de la justice ou de la beauté. Cette perte des objets d’idéalisation entraine une perte de la réalité de l’environnement&nbsp;: ce dernier devient alarmant. Plus de contenance possible&nbsp;! L’angoisse devient psychotique.</p>



<p>Je trouve que cette angoisse est beaucoup plus dangereuse que l’angoisse qui suit dans la structuration du sujet, c’est-à-dire l’angoisse de castration. Si l’angoisse surmoïque maternelle est une angoisse de l’être, de perte de soi qui rejoint d’ailleurs les angoisses archaïques, l’angoisse de castration est au contraire, une angoisse de l’avoir ou plus spécifiquement de la perte de l’avoir. Cette dernière est bien sûr structurante dans la spatialité du moi, permet ainsi le surgissement d’un Surmoi paternel, social, néanmoins elle ne détruit pas la substance du moi.</p>



<p>A nouveau&nbsp;<strong>l’angoisse de castration est un bienfait dans les processus d’identification&nbsp;</strong>du garçon<strong>&nbsp;</strong>particulièrement, lorsqu’elle fait irruption selon Nasio dans son&nbsp;enseignement des 7 concepts cruciaux de la psychanalyse, pour accepter la loi de l’interdit (l’inceste) et choisir de sauver son pénis&nbsp;: tandis que le garçon renonce à son amour incestueux pour la mère (et donc refoule sa pulsion incestueuse), la fille refoule son amour pour le père et découvre la castration maternelle. Son angoisse de manque (de pénis) se traduira en un désir d’enfant d’abord sur le père qu’elle refoulera, puis sur l’étranger. Dans la continuité de l’énoncé, l’angoisse de castration est ainsi déterminante dans l’évolution et la structuration du Moi qui se spatialise, se pourvoie d’un Surmoi, d’un Moi et d’un ça _ là où les pulsions sont refoulées. Elle établit ainsi&nbsp;<em>«&nbsp;une dynamique des entités psychiques qui aboutira à une identité complète du sujet.&nbsp;»</em></p>



<p>Je trace ainsi brièvement le concept de castration pour mieux entrevoir le surgissement de cette angoisse de l’avoir.</p>



<p>On pourrait bien sûr opposer que cette angoisse est finalement aussi une angoisse de l’être puisqu’elle va définir l’identité sexuelle de ce Moi. Mais c’est bien grâce à la possession ou non-possession du pénis a priori que se détermine le phallus. Cette angoisse de castration (plus tard névrotique) se fait dans la signifiance ou l’empreinte vibratoire que définit le Phallus, détenu par le père. De sa culpabilité, elle colore ainsi l’ensemble de l’existence du Moi.</p>



<p>Elle agit finalement en creux du désir d’avoir&nbsp;: le pénis-objet devient symbolique, puis devient phallus.&nbsp;<strong>L’angoisse de castration symbolique continue d’agir en creux pour comprendre le monde qui l’entoure, ainsi la pulsion épistémologique</strong>&nbsp;permet de renforcer ce désir au monde. L’avoir devient symbolique. Nous passons ainsi peu à peu à la période de latence entre 6 &amp; 12 ans avant la puberté et l’adolescence.</p>



<p>Selon Freud, dans ses 3 essais sur la théorie sexuelle, cette phase de latence opère un déplacement de la libido de la pulsion sexuelle vers la pulsion épistémologique : l’enfant peut mieux investir les apprentissages et la création artistique par la sublimation. Il pense d’ailleurs que la pulsion sexuelle est éteinte.</p>



<p>Aujourd’hui cette période de latence n’est plus aussi pudibonde qu’à l’époque de Freud car, selon Florence Guignard (dans l’<strong>Interview du 22 mars 2012 in Cairn dans  </strong><a href="https://www.cairn.info/revue-champ-psy.htm"><strong>Champ psy</strong></a><strong> </strong><a href="https://www.cairn.info/revue-champ-psy-2012-1.htm"><strong>2012/1 (n° 61)</strong></a><strong>, pages 163 à 171), </strong>elle serait même en disparition car l’enfant n’est pas réellement protégé de la sexualité digitalisée dans les médias et les réseaux. Normalement il se protège de cette sexualité angoissante en la refoulant, par la pulsion épistémologique mais là il n’a que le choix d’être hyper-mature ou pseudo-mature, singeant ainsi l’adulte.</p>



<p>Malgré tout, cette période de latence est censée préparer au souffle violent de la puberté et aux angoisses nombreuses qui reviennent à la charge à l’adolescence.</p>



<p>L’adolescence est véritablement le passage incertain. En même temps qu’une puissance cognitive et conceptualisante, l’adolescence, c’est aussi l’empire des sens et de la libido.&nbsp;<strong>L’angoisse de l’adolescent est complexe et douloureuse</strong>&nbsp;: elle agit dans les relations entre les structures adultes et infantiles, dans l’établissement de son identité (dont l’identité sexuelle), entre la famille et le monde, dans la séparation, la perte, l’indépendance, les désillusions …. dans le sens de son existence, dans la définition de son essence et dans le surgissement de son être au monde. Pour vivre, il faut être capable de signifier, de donner un sens à la vie malgré le surgissement de la mort.</p>



<p><strong>Les angoisses d’avoir et d’être</strong>&nbsp;ressurgissent de plein fouet&nbsp;: autant l’angoisse originaire, l’angoisse de la naissance, les angoisses primaires de séparation, de perte d’objet, l’angoisse de castration, que les angoisses archaïques, les angoisses vertigineuses de vide liées à l’unification du Moi.</p>



<p>De 12 à 14 ans, je rêvais parfois la nuit que mes atomes explosaient et peu à peu je me sentais me liquéfier et disparaitre dans une explosion universelle. Je me réveillai soudain, allumai toutes les lumières et allai m’observer dans un grand miroir suspendu derrière la porte de ma chambre comme pour rassembler mon moi et prouver ainsi que mon existence n’avait pas totalement disparu&#8230; autant l’adolescent peut se sentir menacé par ces angoisses archaïques tapies dans le tréfond de l’inconscient, autant il subit son corps, ses poussées hormonales et les pulsions du ça qui doivent être contrôlées. La masturbation peut ainsi permettre le contrôle de la décharge comme l’endormissement des pulsions du ça. Et je me dis parfois que l’adolescent se masturbe pour taire les effroyables angoisses archaïques.</p>



<p>La pulsion sexuelle de l’adolescence peut devenir angoissante à tel point que l’adolescent peut craindre de perdre le contrôle&nbsp;: le contrôle de sa pulsion, comme le contrôle de sa décharge. En outre, il prend au fur et à mesure possession de son phallus&nbsp;: il envisage sa vie d’adulte, son pouvoir, sa réussite comme sa vie sexuelle, si d’ailleurs il ne vit pas déjà une vie sexuelle dont il théâtralise les us par mimétisme grâce à sa vie culturelle et sociale.</p>



<p><strong>L’angoisse agit toujours ainsi&nbsp;: en creux et/ou en négatif de la libido.</strong></p>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>III Vers une nouvelle lecture de l’angoisse</strong></h4>



<p><strong>C’est finalement dans le négatif que se produit le pathologique, lorsque l’impulsion n’est plus vers la vie mais vers sa négation ou son annihilation.</strong>&nbsp;Souvent, on assimile le pathologique à l’anormal. Ainsi le pathologique suivrait un simple phénomène statistique&nbsp;: en dessous de 50%, nous aurions ainsi les anormaux, les pathologiques, une visibilité finalement énonçable grâce à une séméiologie de l’angoisse. On pourrait même mesurer un taux anormal d’angoisse, faire une psychométrie de l’angoisse.</p>



<p>Cela existe grâce à des questionnaires… Échelle brève de Tyrer (rassemblant 8 items sur la perception des symptômes par le patient, &amp; 2 par l’examinateur. Et l’HAD(S), (<em>Hospital Anxiety &amp; Depression Scale</em>) rassemblant 14 items perçus par le patient.</p>



<p>Dans le même temps,&nbsp;<strong>comment un affect peut-il être identifié, et mesuré&nbsp;?</strong>&nbsp;Cet affect souffre de sa propre perception et de la perception que l’autre (le thérapeute) engage à son égard.</p>



<p>Peut-être devrions-nous revenir sur la définition de l’angoisse comme&nbsp;<strong>signal d’alarme face à un danger&nbsp;?</strong></p>



<p>Freud l’a longtemps attribuée uniquement à une&nbsp;<strong>excitation non-déchargée</strong>&nbsp;qui devient angoisse. Ainsi dans cette leçon n°25,&nbsp;<strong>l’angoisse nait de la libido</strong>&nbsp;: elle est ce qu’éprouve le moi face au danger intérieur du ça. Ce qui sépare l’angoisse de l’angoisse du Réel, c’est un point de vue économique ou topologique (extérieur/ intérieur) et un point de vue dynamique&nbsp;: refoulement et résistance.</p>



<p>Dans la seconde théorie dans&nbsp;Inhibition, Symptôme et Angoisse, c’est&nbsp;<strong>l’angoisse en tant que signal qui est à l’origine du refoulement&nbsp;</strong>: le contenu de l’angoisse reste inconscient _comme dans la phobie où l’objet parait réel, comme l’expression d’une angoisse face à un danger réel (le cheval du petit Hans) mais le contenu de l’angoisse reste inconscient. (Lacan dira qu’elle a un objet, mais c’est bien sûr l’objet petit a, fictif et indéfinissable, objet du désir de l’autre, obscur et inconnu)</p>



<p>Ensuite, il retrace dans ce même essai, une généalogie de l’angoisse&nbsp;: angoisse de la naissance, angoisse de la perte d’objet maternel, angoisse de la séparation d’avec l’organe génital, angoisse de castration, angoisse sociale ou de perte de l’amour des figures tutélaires, angoisse de mort et projection du surmoi dans les puissances du destin.</p>



<p>Avant que ne se déterminent des objets phobiques, des obsessions ou des conversions somatiques, l’angoisse reste un affect qui peut envahir&nbsp;<strong>la totalité du psychisme</strong>. Peut-être pourrions-nous ainsi délimiter&nbsp;<strong>la puissance bienfaitrice de l’angoisse&nbsp;par la pathologie de son envahissement</strong>. C’est certainement ce que l’H.A.D.S tente de déterminer&nbsp;:&nbsp;<strong>un niveau d’envahissement.</strong></p>



<p>D’une certaine manière dans le négatif de cette angoisse, nous trouvons&nbsp;<strong>l’introjection, plutôt que la projection&nbsp;: l’angoisse est proprement interne.&nbsp;</strong></p>



<p>Bien sûr qu’elle semble se projeter à l’extérieur dans le champ somatique et comportemental. Pourtant sa souffrance est proprement interne.&nbsp;</p>



<p>Dans l’HADS, nous avons particulièrement des questions de ressentis, d’affect, d’épreuves mentales. Comme l’enfant introjette le bon objet, le plaisir, le bon sein, il introjette parfois, certainement dans la phase dépressive (celle qui tente de réparer le mauvais objet) l’objet angoissant, l’image angoissante de la mère en colère par exemple. Pour que se forme l’angoisse de l’agoraphobie, il faut qu’un objet ou une situation angoissante soit introjeté. (cf&nbsp;le Petit Hans)&nbsp;<strong>L’angoisse anticipatrice, quelle qu’elle soit, nait de l’introjection d’un danger perçu ou d’une situation dangereuse perçue comme telle.</strong></p>



<p>Entre les deux confinements, X est parti visiter ses parents&nbsp;et a ressenti de fortes tensions : son père éprouvait de violentes anxiétés qu’il tentait de projeter sur sa propre vie tandis que sa mère semblait sur la défensive. Il y a quelques mois, X reprit le train pour chez eux. Et premier acte manqué, il manque l’arrêt comme s’il ne se souvenait plus de la bonne gare&nbsp;; il descend donc à l’arrêt suivant.</p>



<p>La gare est presque vide, c’est un début de soirée et il lui faut attendre 2 heures pour prendre le prochain train afin de retourner sur la ville où ses parents habitent. Il les appelle donc pour leur dire qu’il a loupé l’arrêt. On plaisante. On se moque gentiment de sa maladresse, on soupire et finalement on accepte de patienter.</p>



<p>Il a une soudaine envie d’uriner. Les toilettes ne fonctionnent pas. Il lui faut sortir à l’extérieur et trouver un endroit discret au loin&nbsp;: l’environnement de la gare ne lui semble pas rassurant. Il s’est mis à pleuvoir une fine bruine désagréable. Le temps est gris. Et soudain tout est gris&nbsp;: les murs sales de la gare, les toits d’ardoises. Rien ne va plus. X retourne à l’intérieur de la gare. Un nœud douloureux se forme au creux de l’estomac. Une fièvre soudaine vient envahir tout son espace corporel. Il s’assoit, tente de se calmer. Il allonge les jambes. Il craint que les gens ne devinent son angoisse. Il se lève alors. il marche dans la gare. Il fait le tour des lignes. Son cœur se met à battre la chamade&nbsp;: ai-je bien vu&nbsp;? le bon train&nbsp;? la bonne heure&nbsp;? Vais-je pouvoir revenir à temps&nbsp;?&nbsp;</p>



<p>Il se mire dans une vitre&nbsp;: son teint est livide. La crise est à son acmé. Il prend conscience qu’il appréhende cette visite parentale. Il se calme. Au fur et à mesure, le mal s’estompe. La douleur à l’estomac disparait. Puis tout redevient normal.</p>



<p>Chez les parents, tout se passe tendrement&nbsp;: l’anxiété paternelle a disparu, sa mère a recouvré sa douceur.</p>



<p>Il est certain que dans cette angoisse, il doit y avoir plus d’un objet introjeté&nbsp;et plus d’une angoisse. A l’état adulte, si les symptômes peuvent être définis<strong>, l’affect n’est qu’enchevêtrement d’angoisses</strong>&nbsp;de castration, de séparation d’objet…. d’angoisses archaïques. Certainement résonnent encore le traumatisme de naissance et l’angoisse originaire. Il est sûr que la vibration d’une empreinte, d’un signifiant lorsqu’il est entendu dans la cure psychanalytique, résonnent de mille angoisses. C’est finalement la parole qui peut donner une signification à cette angoisse par le signifiant et ainsi permettre son contrôle. Seulement, comme dirait Lacan, la guérison de cette angoisse ne vient que de surcroit&nbsp;!</p>



<p><strong>La psychopathologie distingue trois grandes orientations dans les angoisses</strong>&nbsp;: les angoisses primitives ou archaïques, les angoisses de différenciation/ séparation, et les angoisses liées à la différence des sexes. Même si cette classification ne peut être superposable aux trois grandes organisations psychiques&nbsp;: névroses, psychoses et états limites, elle permet cependant de lier certaines positions aux grandes angoisses&nbsp;:&nbsp;<strong>la position autistique et paranoïde-schizoïde aux angoisses archaïques, la position dépressive (perte d’objet, abandon) aux angoisses de différenciation/séparation, et la position névrotique à l’angoisse de castration.</strong></p>



<p><strong>L’angoisse est un monstre psychique&nbsp;: elle est insupportable à vivre dans la durée&nbsp;: elle effectue alors des mutations selon les structures. Dans la structure névrotique, elle se convertit dans le soma, via l’hystérie, ou la phobie, se traduit dans le rituel ou l’itératif, via l’obsession&nbsp;: elle se propage à l’objet et s’objective.</strong></p>



<p><strong>Dans la position autistique ou paranoïde-schizoïde, c’est respectivement l’autre ou la réalité, qui est rejeté dans sa possibilité de dialogue au moi. Dans la position dépressive, c’est le moi _ sa valeur_ qui s’affaisse incroyablement.</strong></p>



<p><strong>Ces pathologies structurelles semblent renfermer une pulsion violente, mortifère&nbsp;: elles sont en fait des mécanismes de défense.</strong></p>



<p><strong>Mais l’angoisse, en deçà, vibre toujours à travers le désir de vie. Voudrions-nous taire cette angoisse&nbsp;que nous cesserions de vivre&nbsp;!</strong></p>



<h5 class="wp-block-heading"><strong>CONCLUSION</strong></h5>



<p>Finalement l’angoisse traverse l’ensemble de l’évolution humaine et la limite entre le bénéfice et le pathologique est ténue.&nbsp;</p>



<p>L’absence d’angoisse est en revanche rare, peu reconnue, anormale et pathologique&nbsp;: elle entraine, dans l’alexithymie, un abaissement du niveau libidinal, et la faiblesse des perceptions d’émotions et d’affect (soit d’angoisse). Cette alexithymie bloquent les moteurs de la vie et leurs accès ; d’où la pathologie&nbsp;!&nbsp;</p>



<p>L’angoisse est donc normale&nbsp;; elle innerve et propulse l’ensemble de la vie humaine. Même dans la violence objectale du pervers, lorsqu’il déshumanise son objet pour mieux l’assujettir à son principe de plaisir, l’angoisse de séparation et de castration sont bien présentes. Il peut parfois même ne pas ressentir de culpabilité quant à son acte mais la crainte de la perte d’objet&nbsp;est, elle, bien perçue ; l’agressivité qui colore cette angoisse est la marque de son identité bien spécifique mais ce n’est pas la seule angoisse agressive&nbsp;!</p>



<p>La limite est bien fragile : nous sommes nombreux à vouloir vivre à tout prix. Et l’agressivité semble être pathologique de cette furieuse angoisse. Mais qu’accepte-t-on au prix de cette angoisse&nbsp;?&nbsp;</p>



<p>Le XXIème siècle est certainement la marque d’un égo insurmontable&nbsp;: le Moi-je est un phallus phénoménal qui impose sa violence sur terre. L’angoisse le pousse maintenant à emplir indéfiniment cette terre qui implose&nbsp;: je veux vivre à tout prix, même au prix de l’autre, même au prix de Gaïa, la mère. Ce moi-je craint tant le manque. Et devient aveugle de la perte de son objet, conséquemment de sa propre perte.</p>



<p>Il faudrait un instant, taire cette angoisse furieuse de vie pour se souvenir que le trépas est aussi universel&nbsp;: cette angoisse de la mort est ciselée à même le fœtus, à même la vie, dans le traumatisme de naissance mais nous tentons à tout prix de l’oblitérer, comme la mort disparait de nos us.</p>



<p>Il faudrait, plutôt qu’une angoisse vitale, purement matérielle, l’abstraire dans la sublimation, dans la parole, et sur le divan&nbsp;: il faudrait vivre à nouveau le plaisir de la mise entre parenthèse pour saisir notre présence au monde et l’accepter&nbsp;!</p>



<p>                                                                                                                                     Frédéric P. Lemonnier</p>



<h6 class="wp-block-heading"><strong>Bibliographie&nbsp;:</strong></h6>



<p>Freud&nbsp;:&nbsp;</p>



<ul>
<li>Inhibition, symptôme et angoisse&nbsp;(Petite Biblio PAYOT Classiques)</li>



<li>Introduction à la Psychanalyse&nbsp;(Petite Biblio PAYOT Classiques)</li>



<li>Le Petit Hans&nbsp;(PUF, Quadridge)</li>
</ul>



<p>Gérard Bonnet&nbsp;:&nbsp;</p>



<ul>
<li>L’angoisse&nbsp;: l’accueillir, la transformer (Collection PSY. Pour tous)</li>
</ul>



<p>Vassilis Kapsambelis</p>



<ul>
<li>L’angoisse&nbsp;(Que sais-je)</li>
</ul>



<p>Ouvrages Collectifs&nbsp;:&nbsp;</p>



<ul>
<li>Manuel de Psychologie et de psychopathologie, clinique générale&nbsp;(René Roussillon, 3<sup>ème</sup>édition, Editions Elsvier Masson)</li>



<li>Les fondamentaux de la psychanalyse lacanienne&nbsp;(Presses universitaire de Rennes (particulièrement p143 à 163)</li>



<li>Vocabulaire de la psychanalyse de Laplanche et Pontalis&nbsp;(PUF, Quadridge)</li>



<li>&nbsp;</li>
</ul>



<p>Jean Bergeret&nbsp;:</p>



<ul>
<li>La personnalité normale et pathologique&nbsp;(en particulier la première partie sur la structure et la normalité) (Editions Dunod)</li>
</ul>



<p>CAIRN.info&nbsp;:</p>



<ul>
<li>Boulimie, hyperphagie, une approche spécifique, de&nbsp;<a href="https://www.cairn.info/publications-de-Marielle-Peuch--14377.htm">Marielle Peuch</a>,&nbsp;Dans&nbsp;<a href="https://www.cairn.info/revue-gestalt.htm">Gestalt</a>&nbsp;<a href="https://www.cairn.info/revue-gestalt-2006-2.htm">2006/2 (n<sup>o</sup>&nbsp;31)</a>, pages 87 à 106</li>



<li>Florence Guignard Interview du 22 mars 2012,&nbsp;<a href="https://www.cairn.info/publications-de-Simone-Korff-Sausse--14885.htm">Simone Korff-Sausse</a>,&nbsp;<a href="applewebdata://AC0F4033-6013-4820-AB17-7FE816D00C10/publications-de-Mi-Kyung-Yi%20(D)--5223.htm">Mi-Kyung Yi (D)</a>,&nbsp;Dans&nbsp;<a href="https://www.cairn.info/revue-champ-psy.htm">Champ psy</a>&nbsp;<a href="https://www.cairn.info/revue-champ-psy-2012-1.htm">2012/1 (n°&nbsp;61)</a>, pages 163 à 171</li>
</ul>
<p>L’article <a rel="nofollow" href="https://fredericlemonnier.fr/2023/04/07/ecrit-psychanalytique-bienfaits-et-pathologies-de-langoisse-de-la-naissance-a-lage-adulte/">Ecrit psychanalytique : l&rsquo;angoisse</a> est apparu en premier sur <a rel="nofollow" href="https://fredericlemonnier.fr">Frédéric P. Lemonnier</a>.</p>
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